IGIS GABON

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Le Cinéma Gabonais

Parler du cinéma gabonais aujourd’hui comme par le passé, apparaît encore comme quelque chose d’étrange. Il est un peu à l’image du pays, c’est-à-dire connu méconnu. L’on ne connaît pas les hommes, ni leurs cultures, ni leur Histoire et leurs histoires non plus. Et cela peut engendrer un certain nombre de préjugés. Pourtant, nous nous racontons, et essayons de trouver humblement notre place dans la production cinématographique mondiale avec plus ou moins de bonheur.

Philippe Mory – Photo Roland Duboze

 

 

Flash-Back sur les années Lumière…

Revisitons tout d’abord les écrans du passé. En ce temps-là, les films étaient projetés à partir d’un camion-cinéma qui sillonnait les quartiers populaires de Libreville. En fait un cinéma mobile destiné au plus grand public. Un projecteur installé à l’arrière du véhicule, un drap blanc ondulant sous l’effet du vent, et la séance pouvait commencer. La magie du cinéma s’imposait ainsi brutalement dans la chaleur des grandes nuits équatoriales. Une atmosphère  piquante et très colorée où les spectateurs accompagnaient les héros des films dans leurs péripéties en les interpellant ou en essayant de les prévenir des dangers qui les guettaient. Cela se passait aux alentours des années soixante, une période faste, celle des indépendances… et des premières productions africaines.

Le Gabon à ce moment-là est, avec le Sénégal, le Niger, la Côte d’Ivoire, l’un des rares pays francophones africains à prendre un départ cinématographique foudroyant. D’abord avec La cage, une co-production franco-gabonaise d’après un scénario de Philippe Mory réalisé en 1962 par Robert Darene, Mory qui commence très tôt une carrière d’acteur en tenant le rôle principal dans On n’enterre pas le dimanche de Michel Drach, prix Louis Delluc en 1960. Le 4 mars 1966, cinq ans après le premier vol spatial effectué par le soviétique Youri Gagarine une équipe de réalisation Gabon-France de la R.T.G. (Radio Télévision Gabonaise), avec l’aide des membres de l’assistance technique de l’O.CO.RA (Office de coopération radiophonique dirigé à l’époque par Jean-Luc Magneron), présente Chouchou cosmonaute: le premier cosmonaute gabonais qui s’embarque à bord de la fusée Ogooué… pour la lune.

Tous les spectateurs de l’époque et même les écoliers qui furent transportés à l’aéroport, transformé pour le film en centre spatial, crurent l’événement réel. Ce film qui est certainement l’un des premiers dans le genre de la science-fiction en Afrique ira la même année au grand concours international des films d’actualités de Cannes.

…La Grande Ellipse !

Entre 1969 et 1978 la création ne s’interrompt pas. La production cinématographique est alors tous azimuts, on a droit à des courts-métrages : Carrefour humain (1969), Lésigny (1970), Sur le sentier du requiem (1971) de Pierre-Marie Dong, Bonne nuit, Balthazar (1970) de Louis Mebalé, Les rois mages (1972),  La grasse matinée (1973) de Charles Mensah, Maroga une première (1974) de Georges Gauthier Révignet, Un Noël pas comme les autres (1978) d’Alain Dickson… Des longs-métrages : Les tam-tams se sont tus (1971) de Philippe Mory ; Identité (1972), Obali (1976) et Ayouma (1977) de Pierre-Marie Dong et Charles Mensah ; Demain un jour nouveau (1978) de Pierre-Marie Dong ; Ilombé (1978) de Charles Mensah et Christian Gavary ; Où vas-tu Koumba (1971) d’Alain Ferrari et Simon Augé un feuilleton à succès de 13 épisodes de 15 mn de qualité cinéma et autant de documentaires qui furent réalisés de façon ininterrompue, certes pendant une durée brève mais malgré tout très intense.

Demain, un jour nouveau 1978) – Photo Roland DubozeDe 1978 à 1994 c’est la grande éllipse. Un vrai fondu au noir avec une petite ouverture en 1983 avec Equateur  de Serge Gainsbourg adapté du roman Le coup de Lune de Georges Siménon. Puis, en 1986 on croit à un sursaut avec les réalisations successives de Raphia de Paul Mouketa ( Dread Pol ) et Le singe fou d’Henri-Joseph Koumba Bididi qui sont toutes les deux récompensées respectivement à Carthage et à Ouagadougou. De sursaut il n’en sera finalement rien. Il faut attendre 1995 pour voir poindre à nouveau la lumière des projecteurs. En effet à Ouagadougou, pour la première fois depuis 1986 le Gabon sera présent de façon directe avec deux œuvres destinées à la télévision L’Auberge du salut (1997-1998), une production qui associe plusieurs réalisateurs nationaux tels Charles Mensah, Henri Joseph Koumba BIdidi, Pol Mouketa, Alain Oyoué, François Onana, Marcel Sandja et Mista de Didier Ping.

 

La création des synergies

Charles Mensah, directeur général du CENACI de 1987 à 2009 impulse dès le début des années 90 des coproductions afin de relancer la production gabonaise. L’expérience débute avec Le grand blanc de Lambaréné (1995) de Bassek Ba Kobhio, et le Damier (1996) de Balufu Bakupu Kanyinda.

L’action de coproduire qui est indispensable au développement de nos cinématographies s’appuie sur une réflexion objective. Aucun pays d’Afrique noire en dehors de la République Sud-africaine ne dispose à lui tout seul de suffisamment de moyens financiers et techniques ni de ressources humaines. Par ailleurs, une meilleure intégration au niveau sous-régional voire régional devrait dans notre domaine jouer un rôle de soutien. Une nécessité économique liée aux coûts très élevés des films dus au paiement des moyens et des prestations techniques, sur la base des tarifs en vigueur dans les pays européens avec lesquels nous travaillons.Pierre-Marie Ndong – Photo Roland Duboze

Cette situation trouve des solutions aujourd’hui avec des pays comme le Maroc, la Tunisie, l’Egypte ou l’Afrique du Sud, des possibilités qui pourraient permettre de baisser les coûts. Pour autant, la coproduction aura permis de faire  Le Silence de la forêt (2003) de Didier Ouénangaré et Bassek ba Kobhio,  Tartina City (2006) d’Issa Serge Coelo, L’héritage perdu (2010) de Christian Lara et Batépa (2011) d’Orlando Fortunato.

A côté de ces cinéastes, deux auteurs gabonais se démarquent. Imunga Ivanga qui compte une douzaine de films parmi lesquels  Dôlè ( l’argent ) (2000) et L’ombre de Liberty (2006) et Henri Joseph Koumba Bididi avec  Les couilles de l’éléphant  (2000) et Le collier du Makoko (2011). Le documentaire n’est pas en reste avec Alain Didier Oyoué Jean Michonnet une aventure humaine, (1998), La forêt en sursis (2002), Promesse d’un nouvel eldorado (2002), Roland Duboze Pierre de Mbigou, (1998), Antoine Abessolo Minko Au commencement était le verbe (2003) et Itchinda ou la circoncision chez les Mahongwé (2009). Certains de ces films auront un retentissement au plan international.

Dans le sillage de ces auteurs, s’activent de nouveaux talents qui réaliseront des courts-métrages de fiction et documentaires, parmi eux Karine Yèno Anotho avec Gloria  (2001), Nadine Otsobogo Boucher avec Songe au rêve (2006) et Il était une fois… Naneth (2008) ; Manouchka Kelly Labouba avec Michel Ndaot : entre ombres et lumières, (2008) et Le Divorce (2009) ; Fernand Lepoko avec Maléfice (2008) et Vyckoss Ekondo, une expression culturelle nommée Tandima (2008) ; Pol Minko De fils en aiguilles… le parcours d’un artiste, (2008) ; Roger Mavoungou Edima Lybek, le croqueur du vif, (2008) ; Olivier Rénovat Dissouva La Clé (2011 ).L’ombre de Liberty (2006) – Photo Imunga Ivanga

Retour vers le futur

La consolidation de ces acquis passe nécessairement par une meilleure adéquation avec notre environnement économique. La réduction des financements institutionnels, l’incapacité des télévisions africaines à s’impliquer en tant que partenaires nous impose à appréhender autrement l’économie de notre cinéma. Il reste que la quasi inexistence d’un réseau de salles sur l’ensemble du territoire et la vente libre des films contrefaits peut être un frein à tous ces efforts.

Dans cette optique nous mettons davantage l’accent sur l’utilisation des nouvelles technologies, notamment sur le numérique, à la fois dans nos modes de production et de diffusion afin d’augmenter notre capacité à produire notre propre culture, combler le déficit de nos modèles de référence pour les jeunes générations, sans faire l’impasse sur l’artistique.

Cela s’accompagne également d’une démocratisation de l’exercice du 7ème art et de la vidéo au Gabon. Faire un film aujourd’hui ne constitue plus un évènement et l’on peut dire que c’est un grand pas. Déjà au début des années 90 des auteurs nés du clip vidéo, notamment André Ottong La Cithare, Sy, La Chambre des filles et Patrick Bouémé Shanice ont eu à réaliser des films et des séries télévisées. On peut considérer aujourd’hui, qu’il existe une sorte de cinéma «underground», avec parfois quelques réussites populaires. Un phénomène qui va grandissant et qu’il faut prendre en compte, compte tenu de la ferveur populaire qu’il suscite. Des auteurs tels Maggic Youngou  Cap Estérias (2010), Dominique Donatien Mpoumba Fantomas (2011), Van Mabadi Amour ou sentiment (2011) et Melchy Obiang Kongossa, L’amour du diable (2011) l’ont encore prouvé récemment. Mais si l’on peut leur accorder du mérite, il leur reste encore à apporter davantage de rigueur professionnelle à leurs propositions.Maléfices de Fernand Lepoko (2008) – Photo Roland Duboze

D’autres jeunes talents s’affirment avec des films de facture internationale tant dans le documentaire que la fiction, ils appartiennent à la cinquième génération issue des classiques. Il s’agit d’Alice Atérianus Owanga Les nouvelles écritures de soi (2010), Murphy Ongagna Home studio (2010), Pauline Mvélé Accroche-toi  (2008), Non coupables (2011), Joël Moundounga L’épopée de la musique gabonaise (2011), Nathalie Y. Pontalier Le maréchalat du roi dieu (2011), Filip Vijoglavin Une trompette au bord de mer (2010), Marc Tchicot et Frank Onouviet The Rhytm of my life (Au ryhtme de ma vie) (2011) sélectionné au Short corner film du festival de Cannes 2011.

Fenêtre sur cour

Ce que l’on peut retenir du cinéma gabonais selon le critique Steeve Renombo Ogula c’est : «qu’il affiche des thèmes aussi divers que le fantastique, l’amour impossible, la tyrannie de l’argent comme celle du pouvoir, l’injustice sociale et l’enfer des zones infra-urbaines, la quête de liberté et les citadelles encore interdites, bref des questions d’ordre existentiel engageant le présent de l’homme dans une société passée au crible serré du questionnement cinématographique. (…) C’est davantage un cinéma investissant l’espace urbain, et s’éloignant du cadre rural, (à l’exception d’ Identité, Ilombé, et Le collier du Makoko qui conjoignent les deux espaces ; d’ Obali et Go zamb’olowi (Au bout du fleuve), qui se limitent au village et relevant très peu du cinéma ethnographique».

De nouvelles initiatives visant à renforcer le financement public et privé, ainsi que l’établissement d’un cadre réglementaire plus affirmé, ouvrent des perspectives plus grandes. L’on notera pour cette année la première édition du festival International des cours d’école à l’initiative de Samantha Biffot, qui a connu un bel engouement auprès des jeunes, et a été sanctionné par des ateliers de formation ayant abouti à la réalisation par un collectif, du court-métrage Hôtel Mindoubé.Charles Mensah

Mais ce sont les Escales documentaires de Libreville (EDL), créées il y a six ans, à la suite des talents du Gabon, un projet développé par le CENACI et Play Film qui a pour ambition de donner à voir la richesse de la scène culturelle gabonaise tout en offrant à de jeunes réalisateurs et monteurs gabonais de travailler avec des professionnels, le festival des Escales documentaires offre un large panorama des mutations qui transforment le continent, mettre en valeur la nouvelle vague du cinéma africain, stimuler la création gabonaise et surtout faire de Libreville une place culturelle majeure. Cette rétrospective offre ainsi une fenêtre sur la cour intérieure de nos territoires cinématographiques, en même temps qu’elle permet à nos œuvres de se donner en partage, de rencontrer d’autres univers pour atteindre une certaine reconnaissance internationale qui nous fait injustement défaut.

Ainsi, l’IGIS en plus de découvrir de nouveaux talents et d’être à l’initiative des projets visant à renforcer l’organisation du cinéma au Gabon, servira-t-elle de passerelle, afin de permettre une exposition plus grande des auteurs et de leurs films.La Cage (1963)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

IMUNGA IVANGA

Directeur Général

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